A la faveur des élections présidentielles de mars 2016 au Bénin, on pouvait coller définitivement le visage au nom, de celui qui a fait fortune dans le coton et dont le nom a été cité dans une affaire de tentative d’assassinat et de coup d’état quatre ans plus tôt : Patrice Talon, Président de la République depuis 8 ans.
« Je ferai de mon mandat unique, une exigence morale en exerçant le pouvoir d’Etat avec dignité et simplicité. Je m’acquitterai de mes devoirs de Président de la République avec humilité, abnégation et sacrifice pour le bien-être de tous ». Le 6 avril 2016, cette déclaration avait été accueillie entre enthousiasme et euphorie par le peuple béninois qui voyait en Patrice Talon, celui qui a été vraiment envoyé par la providence. Les dernières années du système Yayi ont été des plus compliquées et des scandales financiers rendaient plus tendue cette fin de cycle de 10 ans au pouvoir. Patrice Talon apparaissant comme celui qui a été choisi par le divin à même de donner une leçon d’humilité à son ami. L’ancien allié, tombé en disgrâce et finalement porté en triomphe avec bien entendu le concours de toute la classe politique d’alors. Le mandat de Patrice Talon n’a plus été unique.
Au cours d’un entretien télévisé avec la presse nationale, nous étions déjà à mi-mandat de son « seul » quinquennat, l’invité Patrice Talon, Président de la République dans un scénario bien préparé, les premiers doutes du « mandat unique » ont commencé par germer. Heureusement, la Constitution ne faisait pas d’obligation sur l’unicité du mandat présidentiel et les arguments les plus politiques d’une rupture en panne d’inspiration ont été étalés. Le peuple, toujours dupé par les politiciens, s’est résolu à avaler la dose. Pourtant de 2016 à 2021, le blanc-seing était accordé à Patrice Talon et la Rupture, le slogan de campagne de 2016, faisait peur à tout corrupteur comme tout corrompu. Tellement l’administration Yayi avait dégoûté…
Le développement, ç’a y est ! le slogan de campagne pour la réélection était plus démagogue que réaliste. Les amendements constitutionnels, les retouches du code électoral, les événements tragiques des législatives de 2019, les interpellations et autres ont plongé la stabilité politique du Bénin, dans une ambiance de crispation. L’introduction de nouvelles réformes dans le processus électoral pour vicier davantage un processus qui restait ouvert… Pour couronner le tout, les 86,36 % des voix obtenus au premier tour de l’élection présidentielle de mars 2021 du duo Talon-Talata face à un non moins minable duo Hounkpè-Soumanou. Le système partisan obtenu aux forceps, peine à haranguer une classe politique qui a habitué ses électeurs à un avilissement électoral.
Pour ce second quinquennat, les démons de fin de règne n’ont pas épargné Patrice Talon. Il y est de plain-pied. Il amorce dès ce 6 avril 2024, certainement les deux dernières années des plus compliquées à la tête du pays. Les prémices pointent déjà du nez.
Euloge NANGA



