Le parti de l’opposition, ”Les Démocrates”, n’a toujours pas la paix intérieure. Après l’épisode du parrainage – laquelle a conduit à son exclusion de la présidentielle du 12 avril prochain – la formation vient d’endosser les habits du monstre à deux têtes belligérantes.
« Il paraît qu’ils auraient nommé un autre président. » Ce singulier conditionnel vient d’Éric Houndété, qui se proclame toujours président par intérim du parti ”Les Démocrates”. S’est-il réveillé trop tard dans un monde qui galope ? Dans les médias en tout cas, il assume ainsi sa distance par rapport à l’information, tombée quelques heures, de l’élection d’un nouveau président à la tête du parti, en la personne de Nourenou Atchadé. En contre-attaque, Kamar Ouassangari, le secrétaire administratif du parti, accuse Houndété d’être « un mauvais perdant ».
La réunion qui divise
À la base de cet imbroglio, la démission du leader du parti, le président Boni Yayi. Rejetée dans un premier temps, elle avait fini par être entérinée après dix jours de tractations et une délégation dépêchée chez lui en vain pour tenter de faire plier l’ancien chef d’État. « L’information selon laquelle le président n’est pas revenu sur sa décision a rendu toute la salle triste, il y avait beaucoup d’émotion. Le parti a pris acte de cette volonté du président de ne plus revenir sur sa démission », se souvient Guy Mitokpè, secrétaire à la communication aujourd’hui démissionnaire.
Face à la version d’une élection d’Atchadé, Éric Houndété oppose une fin de non-recevoir. La réunion qu’il présidait lui-même, assure-t-il, n’a jamais élu personne. Mieux : il en a levé la séance, « face au désordre qu’il y avait » conformément à une prérogative qui lui est reconnue par les textes. « Parce que j’ai un devoir de préserver la bonne ambiance au cours de nos réunions. Lorsque cette réunion, cette séance a été levée, bon, il s’est trouvé des gens pour faire autre chose. »
Le président par intérim promet aux militants un autre rendez-vous, celui de la fumée blanche, la vraie.
« Je voudrais simplement faire dire et rassurer tous nos militants que le président par intérim est en place. Les formalités et les diligences seront faites pour qu’un nouveau président soit désigné en remplacement du président démissionnaire. »
Quelles perspectives ?
Michel Sodjinou, ancien cadre du parti dont la rétractation du parrainage avait porté un coup sévère à la formation, pointait déjà du doigt une « crise de gouvernance » interne. « L’idéal a été asphyxié par un leadership d’un autre âge », écrivait-il. Et de dénoncer, par ailleurs, des « décisions unilatérales et (…) une marginalisation progressive de plusieurs cadres historiques. »
Sans élus locaux, sans députés à l’Assemblée nationale et exclu du scrutin présidentiel faute du seuil de parrainage, le parti traverse une asphyxie politique. Les germes de bicéphalisme naissant n’en ajoutent qu’à une impasse déjà totale.
La formation politique a d’ailleurs, à l’issue d’un conseil national tenu dimanche et lundi dernier à Cotonou, « décidé souverainement de ne soutenir aucun candidat en lice », selon les mots du secrétaire administratif, Kamar Ouassangari. Le parti dit vouloir garder toutefois le dialogue ouvert, dans un « esprit républicain ». Mais avec deux têtes, quelle bouche porterait la parole officielle du parti ?
René Daton


